Les langues, miroirs mouvants des frontières
En Lorraine frontalière, écouter parler revient à feuilleter un carnet de voyage. Il y a le français, bien sûr, mais aussi le francique luxembourgeois, le mosellan (Platt), l’alsacien, l’allemand standard, parfois quelques bribes de wallon, et l’accent typique des vallées industrielles.
- Francique luxembourgeois : Près de 90 000 Lorrains le pratiquent encore, surtout dans la région de Thionville et Bouzonville (Source : Atlas sonore des langues régionales de France, CNRS).
- Code-switching quotidien : Il n’est pas rare d’entendre une conversation commencer en français, bifurquer vers le luxembourgeois, puis revenir à l’allemand selon le contexte et l’interlocuteur.
- Savoir-faire lexical : Certaines expressions reviennent d'un côté comme de l'autre de la frontière : "Schneck" pour dire petit pain, "Wurscht" pour la saucisse, "Stulle" pour la tartine.
Ces jeux de langue sont le fruit de siècles de brassage, mais aussi de politiques d'assimilation ou de résistance (sous l’Empire allemand, les écoles imposent l’allemand; celles de la IIIe République, le français pur). Aujourd’hui, nombres d’écoles frontalières proposent des cursus bilingues, preuve d’une identité plurielle revendiquée.