Un territoire de forêts, d’eau et de grès rose

S’étendant à l’extrême nord-est de la Moselle, le Pays de Bitche forme l’un des pôles forestiers majeurs du nord-est de la France. Ce territoire de 650 km² enchâssé dans le Parc naturel régional des Vosges du Nord dévoile des paysages uniques : vallons encaissés, chaos de grès rose, grands étangs hérité de l’époque ducale, hameaux discrets, mais, surtout, une mer d’arbres — plus de 38 000 hectares de forêts couvrent ces collines. Le Pays de Bitche n’a d’ailleurs pas usurpé son surnom de « Petite Finlande lorraine » (source : PNR Vosges du Nord).

Parmi ces étendues boisées, plusieurs massifs s’offrent au randonneur : Pays de la forêt indivise de Haguenau-Bitche à l’ouest, forêt domaniale de Bitche, massif du camps du Simserhof, sans oublier les vestiges forestiers autour de l’étang de Hanau ou du Geisberg. Loin des foules, la marche y devient exploration, dans une ambiance souvent féérique, tant la lumière et la brume jouent ici de leur magie.

La forêt domaniale de Bitche : cathédrale d’arbres et immersion sylvestre

Au sud-est de Bitche, la forêt domaniale de Bitche (environ 3 900 hectares) déploie ses futaies de hêtres, chênes, pins sylvestres, parsemées de pins laricio et de sapins pectinés. Elle s’étend jusqu’au site du Simserhof, ouvrage fortifié de la Ligne Maginot, et touche la « forêt indivise » près de la frontière. Cette forêt, mentionnée dès le XVIe siècle, a longtemps fourni du bois de marine pour la flotte royale, avant de devenir espace de loisir et réserve écologique.

  • Sentier du Simserhof : au départ de Siersthal, boucle de 12 km, traversant hêtraies et scieries anciennes, ponctuée de panneaux sur l’histoire du massif et la faune sylvestre. Panorama sur le camp militaire, vestiges de carbonisation du bois, et affleurements de grès.
  • Le Grand Tour de la Forêt de Bitche : itinéraire balisé par le Club vosgien ; de 22 à 30 km pour les marcheurs chevronnés, en passant par le col de l’Erbsenfelsen, le col du Gros Chêne et la chapelle Sainte-Vérène.

La forêt accueille chevreuil, sanglier, martre, pic noir et, plus rare, le chat forestier. On peut, dès l’été, croiser une douzaine d’espèces d’orchidées sauvages dans les sous-bois lumineux. Au sol, les traces des anciennes charbonnières rappellent qu'ici, la vie sylvestre fut aussi économie.

Conseil : en automne, la lumière rasante pare les frondaisons d’or et de cuivre, offrant des jeux d'ombre et d’éclat somptueux, particulièrement visibles depuis les promontoires rocheux du massif.

La forêt de Hanau et le secteur de l’étang : randonnées entre légendes et patrimoines naturels

Au sud de Philippsbourg et autour de l’étang de Hanau, s’étale une forêt domaniale et communale dense sur plus de 2 800 hectares. Cette zone, longtemps propriété des ducs de Lorraine, puis ducale et royale, conserve des chênes et des pins remarquables, parfois centenaires.

  • Tour du Grand Étang de Hanau : boucle familiale de 5,5 km, partant de la base de loisirs, longeant les rives paisibles, sous le couvert des bouleaux et des pins, abritant hérons, grèbes et martin-pêcheur. Circuit aménagé, panneaux sur la faune aquatique.
  • Sentier des Roches et des Étangs : parcours de 17 km, pour pénétrer au cœur des futaies, admirer les affleurements de grès (Roche des Bohémiens, Langenfels), et passer devant l’ancienne Chartreuse de Saint-Jean de Koenigsbruck, aujourd’hui perdue dans les broussailles mais encore évocatrice (source : Club vosgien Bitche).

Pour les amateurs de silence : l’aube sur les étangs est propice à l’écoute du martèlement du pic épeiche, ou, en automne, au brame du cerf. On dit que le site de Hanau serait hanté par la Dame Blanche, figure surgie des brumes, qui protégerait la clairière originelle. Le folklore ajoute à la fascination de ces forêts à la fois nourricières et mystérieuses.

Le massif du camp du Simserhof : fabrique de mémoires et panorama forestier

Entre les villages de Siersthal, Achen et Rohrbach-lès-Bitche, la forêt du Simserhof entoure l’un des grands ouvrages d’artillerie de la Ligne Maginot. Sur environ 2 300 hectares, elle fut marquée par les défrichements militaires, les cantonnements temporaires, et les ouvrages de défense construits dès les années 1930.

  • Sentier du Simserhof à la Croix du Loup : boucle de 9 km, passant à la fois par la hêtraie-sapinière, les anciennes batteries allemandes et françaises de 1914–18, puis grimpant jusqu’à la Croix du Loup, belvédère avec vue sur la mer forestière du plateau.
  • Chemin mémoire Bitche–Simserhof : parcours balisé, panneaux pédagogiques sur la faune, la flore et l’histoire militaire locale (itinéraire de 15 km environ).

Ici, la forêt se fait témoin : dans les clairières, d’innombrables abris de fortune et galeries bétonnées s’égrènent sous les hêtres. Près de l’ancien polygone de tir, on repère aisément, surtout après une pluie, les empreintes de cerfs et de renards. Les forestiers maintiennent de ce côté une gestion très douce, favorisant la régénération naturelle et l’accueil de la faune.

La forêt du Zapfenkopf et du Schmalenthal : reliques boréales et biodiversité préservée

Au nord-ouest du Pays de Bitche, les massifs du Zapfenkopf et de Schmalenthal, adossés à la frontière allemande, ont la particularité d’abriter une flore relictuelle typique de l’ère post-glaciaire : linaigrettes, sphaignes, et pins à crochets en sont les témoins. Ces zones humides rares, protégées par des arrêtés préfectoraux, offrent quelques circuits confidentiels.

  • Sentier de la tourbière du Schmalenthal : boucle de 6 km pour découvrir une rare tourbière acide et ses plantes carnivores, drosséras et utriculaires, classée « Zone Natura 2000 ».
  • Circuit des pins tordus : chemin facile, 4,5 km, dépaysement garanti parmi les pins biscornus, les mousses et les affleurements rocheux, idéal pour les petits et les curieux de nature sauvage (voir site Parc naturel régional des Vosges du Nord).

Dans ces bois, le silence n’est jamais total : le cri du geai, la fuite soudaine d’un chevreuil, le bourdonnement de l’abeille noire autochtone rompent la quiétude apparente. Ces massifs sont le refuge d’espèces rares – noctuelles, papillons de la tourbière, chauve-souris protégées. Leur accès, bien sûr, suppose respect et discrétion.

Le vaste ensemble des forêts communales : diversité et tradition du sylvopastoralisme

Au Pays de Bitche, la forêt n’est pas seulement domaniale : plus de 15 600 hectares relèvent de la gestion communale. Chaque village — Lemberg, Eguelshardt, Hottviller, Reyersviller — possède un « ban » boisé, parfois multi-séculaire. Ces bois communaux, exploités selon la tradition lorraine du partage du taillis-sous-futaie, sont ouverts au public à travers :

  • Réseau de sentiers balisés du Club vosgien (voir carte détaillée sur ville de Bitche) : des itinéraires de 2 à 20 km, reliant hameaux et églises cachées.
  • Anciennes routes de la verrerie (18e siècle), où l’on croisait jadis sabotiers et charbonniers, balisées par les bornes anciennes gravées du blason ducale ou royal.
  • Mois de juin : expérience du « partage au bois », lors de la distribution annuelle du « droit de bois » encore vivace dans quelques villages (source : Office National des Forêts).

Dans ces forêts, l’ombre du grand-duc d’Europe croise celle du chevreuil. Les mousses épaisses recouvrent les pierres de limites, témoins d’un temps où chaque arpent boisé était précieux et jalousement gardé.

Observer, comprendre, respecter : conseils de randonnée et nature

  • Périodes idéales : De mars à juin pour le réveil sylvestre et la floraison des anémones, fin septembre à novembre pour les couleurs automnales et l’écoute du brame.
  • Balisage : Majoritairement assuré par le Club vosgien ; topoguides disponibles à la Maison du Parc à La Petite-Pierre et à l’Office de tourisme de Bitche.
  • Équipements : Chaussures montantes, cape de pluie, jumelles, carte IGN Bitche–Vosges du Nord (3614 OT), eau, encas. Les téléphones ne passent pas partout dans la forêt profonde.
  • Respect des milieux : Rester sur les sentiers, éviter de cueillir mousses, orchidées ou champignons rares ; emporter ses déchets, modérer le bruit. Les chiens doivent être tenus en laisse pour ne pas perturber la faune.
  • Bonnes adresses : Ferme auberge du Welschhof pour goûter au fromage et au miel du terroir, gîte du Col du Loup pour les randonneurs itinérants (voir Tourisme Pays de Bitche).
Massif Superficie approximative Sentiers principaux Spécificités
Forêt domaniale de Bitche 3 900 ha Grand Tour de la Forêt, Sentier du Simserhof Rochers gréseux, hêtraies, histoire militaire et charbonnières
Forêt de Hanau 2 800 ha Tour de l’étang, Sentier des Roches Étangs, pins, vestiges de chartreuse médiévale
Massif du Simserhof 2 300 ha Boucle du Simserhof, Chemin mémoire Ouvrages militaires, faune abondante, belvédères
Zapfenkopf/Schmalenthal ~800 ha Circuit de la tourbière, pins tordus Tourbières, flore relictuelle, observation des insectes rares

Invitation à la contemplation, au fil des saisons

Le Pays de Bitche, minuscule sur les cartes, immense dans la profondeur de ses forêts, n’a pas fini de livrer ses secrets à ceux qui prennent le temps. D’une aube sur les étangs de Hanau à la lumière mordorée sur les bruyères du Schmalenthal, chaque saison renouvelle l’émerveillement. Randonner ici, c’est traverser autant d’histoires que de paysages, apprendre à écouter la forêt autant qu’à la parcourir. À ceux qui savent lever les yeux, le vol du grand-duc ou l’or des feuilles promettent, à chaque pas, un autre visage de la Lorraine forestière.

Sources : Parc naturel régional des Vosges du Nord, Club vosgien section de Bitche, Office national des forêts, Tourisme Pays de Bitche

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