Héritage agricole et transmission d’une culture de l’eau
Sous la surface paisible des étangs affleurent les traces d’un monde rural où l’eau a façonné les usages et l’organisation sociale.
Jusqu’au XXe siècle, près de 60 % des fermes du Pays de Bitche étaient associées à un étang ou un vivier, souvent collectif. On y entretenait une polyculture typiquement lorraine combinant céréaliculture, taillis, prairies d’élevage… et pisciculture. Cette diversité assurait la résilience et la sociabilité du territoire.
Les “pêcheurs-meneurs”, véritables autorités villageoises, étaient chargés d’organiser chaque année la vidange des étangs : on pêchait en famille, on réparait les digues ensemble, l’on partageait les prises selon un principe à la fois festif et solidaire. De nombreux récits oraux collectés dans le secteur de Reyersviller, Hanviller, Eguelshardt ou Baerenthal évoquent la fierté d’offrir la première carpe au curé ou à l’instituteur, de nourrir les plus pauvres voire de commercer le surplus jusqu’à la vallée de la Sarre.
Aujourd’hui encore, si la pisciculture “vivrière” a fortement reculé (moins de 15 producteurs recensés en 2020 selon la Chambre d’Agriculture de Moselle), les fêtes autour de la pêche, organisées par certaines associations locales, entretiennent le souvenir d’une Lorraine fertile en traditions de l’eau.