Étangs et marais : paradis des oiseaux protégés

La mosaïque d’étangs et de zones humides du parc (notamment autour de Madine, Lachaussée ou de la Woëvre) offre un refuge vital à de nombreuses espèces d’oiseaux protégées, que ce soit pour la nidification ou durant leurs haltes migratoires.

Les grands voyageurs : cigognes, grues et balbuzards

  • La Cigogne blanche : Revenues d’Espagne, ces silhouettes familières mais longtemps disparues du paysage lorrain, nichent désormais sur les toits et plateformes du secteur de Lachaussée et Madine. En 2023, selon la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), près de 74 couples nicheurs ont été recensés dans le périmètre lorrain (LPO Grand Est).
  • La Grue cendrée : Dans l’aube printanière et les brumes d’octobre, le fracas de leurs vols résonne au-dessus de la Woëvre, halte régulière lors de leur migration entre Scandinavie et Espagne. Le site de Madine, par exemple, voit transiter jusqu’à 10 000 individus lors des pics migratoires.
  • Le Balbuzard pêcheur : Ce spectaculaire rapace, autrefois disparu, niche à nouveau sur le secteur de Lindre-Basse. Ses plongeons acrobatiques attirent chaque année ornithologues et curieux.

Observer sans troubler : les principes à respecter

  • Utiliser les observatoires mis à disposition (notamment à Lachaussée, Lindre-Basse, Madine) qui permettent d’approcher sans déranger.
  • Éviter tout bruit superflu, surtout au printemps, saison de la nidification.
  • Se munir de jumelles ou d’une longue-vue pour profiter du spectacle à distance.
  • Rester strictement sur les chemins balisés, pour la quiétude des oiseaux, mais aussi car certaines zones sont sensibles à l’érosion ou à la pollution.

Forêts profondes et clairières : refuges pour les mammifères

Qu’elles soient faites de chênes, de hêtres ou de charmes, les forêts du parc abritent de nombreux mammifères, des plus secrets aux plus imposants.

Les discrets aux aguets : blaireaux, martres et genettes

  • Blaireau européen : Difficile à apercevoir, son terrier se devine souvent à ses entrées bien dégagées et à de petits tas de terre. Le crépuscule ou l’aube sont les meilleurs moments pour espérer croiser ce creuseur nocturne.
  • Genette : Espèce protégée au niveau national, la genette (très rare en Lorraine) laisse davantage d’indices qu’elle ne se montre, notamment des crottes caractéristiques sur les rochers ou les troncs.

Le cerf élaphe : roi de l’automne

Le brame du cerf, moment spectaculaire où les mâles rivalisent par leurs appels graves et leurs parades, anime les forêts de septembre à octobre. La forêt de la Reine, proche de Saint-Mihiel, est l’un des hauts lieux du brame en Lorraine, mais il faut respecter scrupuleusement la tranquillité de ce grand mammifère, dont la population mérite un suivi attentif (environ 2 000 individus dans le parc selon l’Office français de la biodiversité).

Landes, prairies, mares : concerts d’amphibiens et ballet d’insectes

Dans les zones humides, les espèces dites « patrimoniales » abondent : crapauds sonneurs, tritons crêtés, et libellules rares.

Amphibiens menacés

  • Le Sonneur à ventre jaune : Ce petit crapaud à la livrée mouchetée, reconnaissable à son ventre jaune vif, est l’une des espèces emblématiques du parc. Les mares forestières autour de la vallée de la Seille et de Fresnes-en-Woëvre abritent de petites populations recensées par l’Observatoire herpétologique de Lorraine.
  • Le Triton crêté : Signe de milieux aquatiques de qualité, ce magnifique amphibiens fait l’objet de suivis rigoureux, en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle.

Insectes : les messagers ailés de la biodiversité

  • La Cordulie à corps fin : Cette libellule inscrit le parc comme zone d’intérêt européen pour l’entomofaune (Natura 2000). On peut la croiser près des plans d’eau et fossés, en début d’été.
  • Le Damier de la succise : Un papillon protégé dont la survie dépend de la conservation des prairies humides, menacées par la déprise agricole et les drainages.

Où et Quand observer ? Calendrier de la faune protégée

Espèce/Type Lieux privilégiés Période d’observation optimale
Cigogne blanche Lachaussée, Madine mars – septembre
Grue cendrée Woëvre, Madine février – mars ; octobre – novembre
Blaireau Forêts du parc (Reine, Argonne Lorraine) avril – septembre (au crépuscule)
Sonner à ventre jaune, Triton crêté Mares et fossés, vallée de la Seille, Fresnes avril – juin
Brame du cerf Forêt de la Reine, Forêt d'Argonne Lorraine mi-septembre – début octobre
Libellules / Papillons Prairies humides, étangs bordiers mai – août

Un patrimoine vivant, menacé mais protégé

Le Parc naturel régional de Lorraine est classé Zone de Protection Spéciale (ZPS) et Zone Spéciale de Conservation (ZSC), intégrées au réseau européen Natura 2000, en raison de la présence d’espèces et d’habitats d’intérêt communautaire (Ministère de la Transition Écologique).

Les acteurs locaux (associations, agriculteurs, collectivités, habitants) travaillent ensemble pour adapter les pratiques le long des zones agricoles, restaurer les mares, préserver les hêtraies et limiter le dérangement des espaces naturels. Ces dynamiques, parfois fragiles, permettent le maintien de la diversité animale, indissociable des paysages.

Conseils pratiques pour une observation responsable

  • Préférer les matinées ou fins de journées, périodes où la faune est la plus active.
  • Ne jamais manipuler ni tenter de capturer les animaux, même les plus petits ou apparemment communs.
  • Rester discret : vêtements de couleurs neutres, déplacements lents, silence respecté.
  • Privilégier l’accompagnement par des guides naturalistes du territoire pour des expériences instructives, dans le cadre de sorties organisées par le Parc ou la LPO.
  • Utiliser les applications de sciences participatives (FAUNE-FRANCE, NaturaList) pour noter vos observations et contribuer à la connaissance scientifique locale.

Un écosystème à (re)découvrir en toute saison

Le Parc naturel régional de Lorraine ne se résume pas à la beauté brute de ses forêts ou aux reflets dorés de la surface de l’étang de Lachaussée au lever du jour. C’est un territoire où s’inventent, dans le silence d’une clairière ou l’effervescence d’un ballet d’hirondelles, mille manières de vivre avec la nature.

Venir ici pour observer la faune protégée, c’est accepter de ne pas tout voir, de parfois seulement entendre, sentir, reconnaître les empreintes ou les traces laissées par ces hôtes fragiles. Mais c’est aussi, toujours, repartir avec le goût du rêve et de la découverte, et l’envie, précieuse, de protéger ce patrimoine vivant, pour les saisons à venir et pour ceux qui demain, voudront eux aussi, prendre le temps d’observer.

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