Les grandes routes de la gourmandise : influences transfrontalières et héritages séculaires
Quand on parle influences, il serait sacrilège de ne pas citer la part allemande. Après 1871, l’annexion prussienne de l’Alsace-Moselle entraîne un brassage sans précédent. Les recettes traversent le Rhin, tout comme les familles et leurs traditions culinaires. Le fameux schwowe brot, pain blanc que l’on retrouve dans la vallée de la Nied, tire ses origines de la sarre voisine. Même phénomène pour les knödels (quenelles de pommes de terre), traditionnellement préparés lors des fêtes, présents jusqu’à 50 km à l’intérieur des terres françaises.
L’influence belge, elle, se fait sentir sur les hauts plateaux et vers Longwy, où la bière d’abbaye s’accommode de fromages puissants comme la trappiste d’Orval (à peine à vingt kilomètres côté belge). Les gaufres de la Meuse, de Nancy à Montmédy, évoquent les grandes foires belges, où elles étaient vendues sur les marchés frontaliers dès le XIXe siècle. Selon Lorraineaucoeur, la recette du pain lorrain partage plus de points communs avec celle de la Rhénanie qu’avec la tradition française pure, notamment dans l’utilisation de la farine de seigle.
Au Luxembourg, la migration quotidienne de dizaines de milliers de frontaliers (114 000 en 2023, source : Le Monde) entraîne dans leurs valises traditions et recettes. Le kichechek, tarte salée garnie d’oignons et de lard, garnit les tables de Thionville à Rodemack. On y retrouve aussi les influences italiennes, amenées par les mineurs dans la “petite Italie” de la Vallée de la Fensch.