Les boissons : bières, eaux-de-vie et vins franchissent les lignes
Pas de territoire lorrain sans verre levé. Mais savez-vous qu’aucune carte de brasseries régionales ne s’arrête vraiment à la frontière ? Le brassage, tout autant culturel qu’agricole, a longtemps dessiné la carte d’une Europe du houblon. La Moselle d’un côté, l’Eifel de l’autre, partageaient des variétés voisines de houblon dès le XIXe siècle.
Les bières trappistes belges, si réputées, ont souvent inspiré les abbayes des Vosges, tout comme elles ont imprégné les mousseuses concoctées en Meurthe-et-Moselle ou à Metz. Depuis quelques années, la renaissance du houblon à la frontière luxembourgeoise – Jarny, Bouzonville, Arlon – évoque cette filiation retrouvée : ainsi, 15% des houblons récoltés en Lorraine en 2020 étaient écoulés dans de petites brasseries luxembourgeoises ou belges [source : Association Lorraine de la Bière].
Le vin, quant à lui, fait figure d’électron libre, résistant aux découpages politiques. Le vignoble de Moselle, baigné d’influences germaniques, Alsaciennes et Luxembourgeoises, cultive souvent les mêmes cépages de part et d’autre de la frontière : auxerrois, pinot gris, rivaner, elbling [source : Vins de Lorraine]. La Route des Vins de Moselle, côté français, prolonge celle du Luxembourg : même terroir, même patience.
Enfin, les eaux-de-vie – mirabelle, quetsche, poire – ignorent superbement les barrières. Enracinées dans les vergers partagés entre les versants français, belges et luxembourgeois, elles possèdent une histoire de bouilleurs ambulants et de distillateurs familiaux, dont la tradition s’incarne dans la « Route des eaux-de-vie », organisée tant à Épinal qu’à Arlon.